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Le football du peuple

"Si vous voulez être photo-journaliste, vous devez enquêter sur l'endroit où vous habitez", m'a répondu un inconnu d'une agence de photographes parisienne à un e-mail que je leur avais envoyé pour savoir si mon travail les intéressait. Il m'a aussi dit que mes photos étaient jolies. C'est important de le dire car je vois souvent mon verre à moitié vide, ce qui explique en partie mon zèle du samedi soir à toujours vouloir le boire.
 

A cette époque là, j'étais à Barcelone et je voulais faire un documentaire sur ce qu'était le football de quartier. Montrer le FC Barcelone et ses histoires quotidiennes de millionnaires en short ne m'intéressait pas. Au contraire mon idée était de présenter un club de football semi-pro entouré de gens humbles. Et c'est comme-ça que j'ai suggéré à l'un d'eux : "me laisseriez-vous raconter une histoire sur ce que vous êtes et ce que vous représentez pour les gens qui vous entourent ? Sous la forme d'un reportage photo?"
 

J'ai donc commencé à suivre l'Esportiu Europa Football Club qui m'a ouvert ses portes. Je n'ai jamais vraiment aimé regarder les matchs de football parce que je ne m'y suis jamais vraiment intéressé. Mais avec mon appareil photo, la donne était différente. J'étais libre d'aller où je voulais et divers points de vue se sont présentés à moi: depuis les gradins d'abord, et puis depuis la pelouse ensuite. J'ai vu le mélange des genres entres les petites classes sociales et les plus grandes qui se réconciliaient le temps d'un match. Visuellement, c'était intéressant. Je pouvais en tirer quelque chose.
 

Les restrictions dues au Covid étaient moins dures en Espagne que dans d'autres pays européens donc les matchs de football ont repris vers le mois de mars. J'ai alors troqué la fête socialement obligatoire du samedi soir pour des nuits plus profondes et plus calmes.
Et chaque dimanche matin je me levais tôt pour assister aux matchs de football de l'Europa comme on dit là-bas. 

Adopter ce rituel fut une très belle expérience. 
Autour de moi la vie reprenait ses droits après avoir passé un an enfermée dans de petits appartements pour la plupart d'entre nous. Je me sentais vivant et  une mission nouvelle guidait mes pas. J'avais enfin quelque chose à faire et une tâche à accomplir. On m'attendait. Je prenais d'ailleurs le métro avec plaisir en intériorisant le fait que j'étais attendu. L'attente du chômeur vaut bien l'espérance du chrétien.
 

Les mois se sont donc écoulés sans heurts jusqu'au dernier jour du championnat avec la victoire de l'Europa et sa montée en division supérieure. Nous avons passé un bon moment et ce soir là la fête a battu son plein. Familles, adolescents, grands-parents étaient dispersés ivres et heureux dans les gradins et sur la pelouse en compagnie des joueurs et du staff. Les bières et les clopes étaient de sortie. Beaucoup de vie autour de moi et combien de temps sans voir ça.

Par ailleurs, -et je le note maintenant même si cela n'a pas beaucoup d'importance-, beaucoup de filles, la vingtaine pour la plupart se sont mises à twerker en rythme avec la sono low-cost du stade. J'aurais aimé être plus jeune pour céder à la tentation mais ce twerk sensuel ne m'était pas destiné. Un sentiment de vieillerie m'envahit et me ramenait à ce pourquoi j'étais là. Je suis donc rentré chez moi pour regarder toutes les photos que j'avais prises pendant tout ce temps passé avec l'Europa.

J'ai vraiment passé un bon moment avec le club et je ne voulais pas finir mon histoire bien que mon reportage touchait maintenant à sa fin. J'ai donc décidé de faire des portraits des personnes qui travaillaient pour cette equipe. J'ai rencontré le président, l'entraîneur, quelques joueurs et Uri, un garçon de 20 ans qui a misé sa vie pour devenir footballeur professionnel.


Je lui ai envoyé un texto "Ça te dérange si...?" Et il m'a répondu qu'il avait eu un différent avec le club et qu'il avait décidé de quitter l'Europa pour une autre equipe sur recommandation de son agent. "Ne t'inquiète pas on peut quand même..." et nous avons  fait le shooting photo chez lui. Uri vit avec sa mère et Lucca son chien. Je pense qu'il doit séduire beaucoup de filles de par sa gentillesse et sa beauté de jeune homme. Au sous-sol de sa maison, il a installé une petite salle de sport pour s'entraîner et parfaire sa musculature. Uri est une personne déterminée. Il m'a dit qu'il allait partir pour la Chine pour étudier le commerce et qu'il avait déjà commencé à apprendre le chinois. Uri est ambitieux. Nous avons pris les photos, puis je l'ai ajouté comme ami sur Instagram pour garder contact. J'ai vu qu'il mentionnait dans son profil qu'il était un "crypto-croyant". Je sais par expérience que la crypto-monnaie n'est pas une sinécure et je lui souhaite plus de sérénité que ce que peuvent offrir les courbes sensuelles de la finance cryptée.

 

J'ai rencontré beaucoup d'autres personnes et j'attends toujours que le laboratoire photo me fasse parvenir mes tirages pour continuer ce récit.

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FOOTBALL FROM THE PEOPLE
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